Ma journée

Le coucher contrarié.


Dans ma journée, j’ai de l’aide à différents moments de la journée :

le lever et le petit déjeuner de 7h15à 8h45

le café de la matinée de 9h30 à 10h

le déjeuner de 11h30à 12h30

l’accompagnement de 14h à 16h

le souper et le coucher de 18h30 à 19h30

 

Pendant ces moments, l’activité est intense, surtout pour moi : transferts, passages aux toilettes, repas, habillage, activités … les auxiliaires de vie changent, leurs façons de faire aussi… je dois m’y faire !

 

Pour coordonner l’ensemble des interventions, j’ai établi avec leur aide deux feuilles de notes nommant les taches à accomplir selon les moments, et les petits détails qui me facilitent la vie…n’oublions pas que le mot d’ordre principal est :

PRIORITE A LA PERSONNE ET RESPECT.

 

Mais des fois tout dérape…et voilà comment on participe à un coucher contrarié…

Qui est contrarié ?

l’assistante ? moi ? le coucher ? je ne sais, mais je vais vous raconter :

 

Il est 18h :

J’assiste à ma séance d’orthophonie à domicile, comme deux fois par semaine. Pendant cette demi-heure, je m’active beaucoup : je discute, je mène une conversation, je lis, je chante, je crie, je fais de la gym du visage… autant vous dire que lorsque cette activité se termine, j’ai bien besoin de me relaxer 5 à 10mn. L’auxiliaire du soir en profite pour aller préparer le repas. Mais…de la soirée…

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1er hic :

L’auxi, aussi bavarde que l’ortho, se met à taper la discute, devant moi, qui n’arrive pas à me relaxer et qui enrage en pensant : dégagez de là ! Laissez moi en paix !                                                   1ère contrariété.

 

2ème hic :

La conversation s’engage sur ma difficulté à mâcher et manger, due à ma maladie. Et l’auxi de comparer ma souffrance à un mal de dents ou une angine… visiblement elle ne sait pas ce qu’est la maladie de Parkinson… et moi d’enrager, allongée sur mon fauteuil relax, ne maitrisant plus mes tremblements, mes dystonies…      2ème contrariété

 


Il est 18h35 : Je devrais être à table, pour manger, activité qui me demande beaucoup d’énergie, de concentration… Je fais le transfert du fauteuil relax à la chaise roulante avec le rolator… Première décharge d’énergie… Alors, en général tout est prêt sur la table dans l’ordre que je désire pour ne pas perdre de temps et attaquer l’essentiel : manger…

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3ème hic :

Sur la table, rien n’est prêt, je dois réclamer : mes médocs dans la petite cuillère, mon verre d’eau gazeuse, mon pain…     3ème contrariété.

 

4ème hic :

Ma salade n’est pas la bonne, le fromage (qu’on a choisi pour moi) est coupé en tous petits morceaux, et le tout est présenté dans l’assiette alors que je préfère par commodité un bol. Je dois donc dire, malgré ma fatigue, sans m’énerver…                                      4ème contrariété.

 

5ème hic :

Alors que je m’applique à essayer de manger ma doucette sans qu’elle ne m’échappe de la fourchette, de la bouche, tout en contrôlant mon hyper salivation qui me met la bave vinaigrée aux lèvres, l’auxi lève une question : avec quelle eau je prends mon cachet du soir, eau du verre ou eau de la bouteille ? Moi, tout à ma mastication, un peu fâchée je lui dis : consulte les notes…                                                 5ème contrariété.

 

6ème hic :

Au cours du repas, elle revient à la charge en m’annonçant que la réponse à sa question n’est pas dans les notes… «vénère», je ne réponds rien, et continue à donner de l’énergie pour terminer mon repas…                                                                    6ème contrariété.

 

7ème hic :

Je n’arrive pas à séparer mes rondelles de saucisse qui se sont collées entre elles, suite au réchauffage au micro-onde, je lui signale, elle me répond : mais je l’ai fait ! Je ne réponds rien, ça ne sert pas à grand-chose, juste à me stresser !                                      7ème contrariété.

 

 

 


Le repas est vite terminé, je n’ai pas faim et je suis trop fatiguée… Et voilà le moment du passage aux toilettes qui est pour moi une épreuve. Je dois garder mon équilibre, faire mes pas de moon-walk, m’asseoir les fesses en face du trou et me retenir jusqu’à ce que l’auxi tourne le dos et me laisse dans mon intimité.

 


8ème hic :

Je porte un blouson en laine avec un lien de fermeture en bas. Je ne sais pourquoi, l’auxi entreprend de faire un nœud à mon lien pour le raccourcir, juste au moment où je me soulage… On ne peut même plus p…… tranquille… et seule, surtout…                             8ème contrariété.

 

9ème hic :

Le moment du culottage, pas simple… moi je me tiens aux barres d’appui et l’auxi remonte culotte et pantalon élastiqué. Sauf qu’elle ne remonte pas du tout le côté gauche…je lui signale difficilement, à cette heure je ne parle plus, je crachote….et elle de e répondre : je ne peux pas voir de ce côté ! Ce qui est vrai… mais a-t-on besoin d’y voir pour y faire .                                                                                9ème contrariété.

 

 


Je ne vous cache pas que je suis un peu agacée, à ce moment là… mais il y a un gros travail à réaliser : le déshabillage et le coucher…. Donc, je reprends ma respiration et en avant pour le transfert du fauteuil roulant au lit. Pour exécuter cela, je me cramponne au rebord de ma commode de la main droite et je tends la gauche à l’auxi qui doit m’accompagner dans mon tour sur moi-même.

 


10ème hic :

Seulement l’auxi ne m’accompagne pas dans ma prise d’équilibre du pied droit au pied gauche, elle me contre et je ne peux plus bouger. Epuisée, trop fatiguée pour expliquer la chose, je la lâche et fais mes pas seule…                                                                    10ème contrariété.

 

11ème hic :

Me voici, assise sur le bord du lit, attendant que l’auxi m’aide au déshabillage. Mais elle attend aussi pensant que je peux faire seule. Il se passe un moment avant qu’elle réagisse … elle m’aide sans douceur…                                                                11ème contrariété.

 

 


Reste plus que le coucher. Je dois m’assoir sous l’oreiller pour être à la bonne place quand l’auxi m’aidera à monter et à tourner mes jambes. Elle arrangera mon oreiller comme j’aime bien, sous la tête et pas sous les épaules (c’est mon choix !). Elle remontera mon drap et ma couette et voilà…

 

12ème hic :

Mais voilà, mon derrière n’est pas à la bonne place et j’ai les pieds qui touchent le bas du lit et impossible de réparer la position : je suis crevée…                                                                 12ème contrariété.

 

13ème hic :

En plus de ça, l’auxi se met à me descendre l’oreiller sous les épaules. Je fais un dernier effort pour reculer l’oreiller et je ferme les yeux, pensant que cette fois c’est fini…                             13ème contrariété.

 

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Mais j’avais tort. Il y a une télécommande qui risque de «sauter» de l’adaptable et que l’on range ailleurs, un coussin bleu dont je me sers pour mon ordinateur qui se trouve «à dache» (loin, très loin)…

 

 

14ème hic :

Je n’ai pas pu changer de chaine de télévision, je n’ai pas pu jouer à l’ordinateur… tout ça n’est que du confort !               14ème contrariété.

 

 

Alors savez-vous qui était contrarié ? Le coucher ? L’assistante ? Moi ? Les trois étaient contrariés, surement ! Y’a des soirs comme ça ! Vous pensez que c’est terminé ? Et bien non…

 

15ème hic :

La télécommande de mon fauteuil relax a été déplacée et le matin je n’avais plus mes repères pour baisser mon siège…                 HILARITE.

 

Monique (02/2013)

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